Juliete ROSSIE, informaticienne au Centre de Recherche en Informatique de Lens (CRIL) fait partie des 26 ambassadrices de "La science taille XX Elles" édition Hauts-de-France 2026.
La délégation Hauts-de-France du CNRS, en partenariat avec l'association Femmes & Sciences et l'Université de Lille, proposent une nouvelle édition 2026 de "La science taille XX Elles", l'exposition temporaire qui valorise les femmes travaillant dans le domaine de la recherche et de l'enseignement supérieur et qui déconstruit les stéréotypes de genre empêchant les jeunes filles de se lancer dans un parcours scientifique.
26 femmes issues de la communauté scientifique des Hauts-de-France sont mises à l'honneur sur les grilles du parc Jean-Baptiste Lebas à Lille du 20 mai au 20 juin 2026. L’inauguration de l'exposition a eu lieu le 26 mai.
Un projet engagé pour briser les stéréotypes et inspirer les vocations
En France, les femmes ne représentent aujourd’hui que 30 % du métier de chercheur et 27 % du métier d'ingénieur, avec des disparités encore plus marquées dans des disciplines comme la physique, l’informatique ou les mathématiques. Dès l’adolescence, beaucoup de jeunes filles écartent l’idée d’une carrière scientifique, faute de modèles accessibles et inspirants. Pourtant, les sciences ont besoin de tous les talents pour relever les défis de demain.
Pour changer cette réalité, le CNRS et l’association Femmes & Sciences ont imaginé le dispositif « La science taille XX Elles », une initiative nationale qui met en lumière la diversité des parcours féminins dans la recherche. À travers des portraits photographiques et des rencontres, ce projet vise à déconstruire les préjugés, valoriser la place des femmes dans les sciences, et encourager les jeunes générations à s’engager dans ces métiers passionnants et porteurs d’avenir.
Juliete Rossie - Informaticienne
Ambassadrice "La science taille XX Elles" édition Hauts-de-France 2026
« Une IA pour que chaque voix compte »
Au Centre de recherche en informatique de Lens (CRIL, UMR CNRS-Université d’Artois), Juliete Rossie consacre sa thèse à une intelligence artificielle pas comme les autres : une IA conçue pour structurer les arguments au sein d’un débat public et soutenir des prises de décision collectives. Marquée par son histoire personnelle, la doctorante veut utiliser la technologie pour favoriser la démocratie participative.
Née en Syrie, Juliete Rossie voit son adolescence marquée par la guerre et l'impossibilité du dialogue. Après être arrivée en France, elle obtient son baccalauréat, puis une licence en informatique, ce qui l’amène à intégrer un master spécialisé en intelligence artificielle à l’École Polytechnique. L’étudiante explore des domaines variés, de la microélectronique à l’interaction cerveau-machine, en passant par la finance et la cybersanté. Alors que l’IA commence à profondément transformer la société, la jeune femme souhaite participer à cette mutation en promouvant des usages responsables et éthiques. Lors d’un stage à l’École polytechnique fédérale de Zurich, elle travaille sur les interfaces cerveau-ordinateur et le traitement du signal. Une expérience déterminante, qui la décide à poursuivre en thèse au CNRS (CRIL)
Un sujet sur le rôle du vote dans la démocratie en ligne retient son attention pour sa dimension politique, dans laquelle elle trouve le moyen d'agir concrètement sur le monde. L’idée, ici, est d’utiliser l’IA pour structurer un débat, afin de favoriser un vote plus éclairé. La doctorante développe donc des modèles mathématiques capables d’analyser la structure logique des arguments et la cohérence des votes, pour extraire une décision collective à partir des votes exprimés. Contrairement aux réseaux sociaux qui favorisent la popularité, Juliete développe des algorithmes novateurs pour traquer la vérité au sein d’un débat.
La chercheuse veille à la transparence des algorithmes : contrairement aux méthodes utilisées dans les IA génératives, chaque étape de calcul de cette « argumentation théorique » est traçable, ce qui permet de vérifier les raisonnements produits. Elle espère ainsi susciter des débats plus clairs et inclusifs, sur des plateformes en ligne ou via des outils municipaux destinés à recueillir l’avis des citoyens sur des projets locaux. Un futur développement envisagera d’intégrer la détection des fausses informations ou la combinaison d’IA générative avec l’argumentation formelle. Pour Juliete Rossie, l’IA peut, et même doit soutenir la démocratie.