Les chantiers scientifiques prioritaires de Recifes

 

Disciplines, normes et formes scolaires

Responsable : Jean-François Goubet

Issu de la fusion de deux axes dont le laboratoire s'était doté au cours du quadriennal précédent (« Contextes de pensée et disciplines formatrices » et « Contextes de scolarisation, violences et incidents »), ce chantier entend gagner en généralité et en cohérence. L’histoire de la constitution des disciplines mais aussi leurs effets de subjectivation, l’empreinte qu’elles laissent sur les personnes les ayant pratiquées, sont un objet de recherche de première importance. Autour de la notion de discipline, on aborde ainsi la question des savoirs et des rapports aux savoirs, de même que celle de la coercition comme mode d'intériorisation de normes. Les normes se déclinent pour leur part en tant que normes à enseigner (principes de la logique ou de l'esthétique par exemple), ou comme normes présentes dans les discours et les réquisits scolaires (normes de genre, normes de conduite, définition des déviances). Traditionnellement, l'école a été envisagée sous l'angle de la socialisation et de la transmission de normes. Les déviances questionnent cependant de plus en plus fortement les formes scolaires, en particulier dans les contextes populaires de scolarisation (indiscipline, violences, déscolarisation...). Les normes scolaires apparaissent par ailleurs disparates, évoluant dans le temps et variant fortement selon les contextes de scolarisation, nationaux et locaux. Avec l'examen de la diversité des formes scolaires, on touche ainsi aux questions-limites des modes de socialisation différents et de la transmission de savoirs dans des cadres culturels alternatifs.

L’intérêt du concept de discipline est de réunir des termes qu’on relie trop peu d’habitude : les matières scolaires, objet d’étude de la didactique avant tout, l’empreinte coercitive laissée sur les individus, qu’on peut voir déclinée en violence symbolique en sociologie notamment, et les effets de formation d’un sujet, que la philosophie ou la psychanalyse considèrent plus particulièrement. Des interrogations locales sur les disciplines formatrices, les disciplines nouvelles (dont la philosophie avec des enfants), sur l'approche clinique des apprentissages alimentent ce cadre de questionnement. Des travaux sur les violences à l'école, les jeux dangereux ou les pratiques corporelles à caractère artistique s'y inscrivent également pleinement. Des recherches sur l'interculturalité, les éducations à la santé, les dispositifs de formation ou les établissements scolaires différents viennent enfin compléter le champ des objets investis au titre de ce chantier.

 

 

Pratiques enseignantes : genèse, contextes et effets

Responsable : Sylvain Broccolichi

Le programme scientifique développé dans le cadre de ce chantier s'ancre dans le constat d'une insuffisante connaissance des relations qu'entretiennent les situations d'enseignement, les expériences antérieures des acteurs en présence, les savoirs ou doxas qu'ils engagent dans leurs pratiques et les effets de ces pratiques. C'est dire que les pratiques professionnelles des enseignants, leurs trajectoires individuelles et parcours de formation, les contextes dans lesquels ils interviennent et les effets induits sur les apprentissages réalisés (ou non) par leurs élèves entretiennent des relations particulièrement complexes et variables. C'est dès lors seulement d'une observation systématique et approfondie de ces variations que peuvent être attendues les avancées les plus significatives de la réflexion sur les moyens de concourir à une plus grande égalité des chances au sein du système scolaire. Dans un régime d'exercice où prévalent la liberté et la créativité pédagogiques des enseignants, l'objectivation des effets de leurs pratiques ne dit, en elle-même, presque rien des conditions à réunir pour favoriser des évolutions jugées souhaitables. Il est à cet égard primordial de pouvoir accéder à la genèse de ces pratiques. Comment évoluent les conceptions des enseignants et leurs stratégies d'enseignement aux différentes étapes de leurs parcours d'insertion et de construction professionnelles ? Comment modulent-ils les composantes relationnelles et didactiques de leur activité ? Dans quel répertoire (évolutif) puisent-ils les ressources cognitives et les référents identitaires qu'ils mobilisent pour faire face à « l'épreuve du terrain » ?

Quel statut et légitimité confèrent-ils aux différents registres de savoirs, outils, conseils et autres recommandations qui leurs sont dispensés ? Dans quelle mesure adhèrent-ils (ou au contraire résistent-ils) aux modèles de professionnalité et aux injonctions auxquels ils sont confrontés ? Quel est en définitive le poids repérable (explicite ou implicite, immédiat ou différé) des formations reçues et des dispositifs d'accompagnement à l'entrée dans le métier ?

Ce sont autant de questions que l'ensemble des membres de ce chantier transposent à titre individuel et/ou collectif sur des terrains spécifiques et privilégiés formant un tableau à la fois contrasté et suggestif : recompositions de la formation initiale et pratiques professionnelles des professeurs des écoles débutants ; évolutions des pratiques pédagogiques dans l'enseignement supérieur ; spécificités disciplinaires et rapports au pédagogique dans le second degré ; impact des nouvelles technologies numériques ; attendus et effets de dispositifs/outils de formation ciblés (autoévaluation, accompagnement de l'alternance, écrits réflexifs, initiation à/formation par la recherche...).