Théorie et pratique de l’écriture théâtrale

03/02/2014

Lundi 3 et mardi 4 février à Arras, les universités d’Artois et de Strasbourg se sont associées pour organiser un colloque et des ateliers sur les écritures théâtrales contemporaines. Les étudiants en Arts du spectacle avaient également préparé une mise en voix de textes du collectif d’auteurs Petrol, invités pour l’occasion.

 

Après un premier colloque international « Corps et voix dans les écritures théâtrales 1900-2000 » organisé en 2011 à Arras par Sandrine Le Pors et Pierre Longuenesse, maîtres de conférences en arts du spectacle à l’Université d’Artois, l’équipe de recherche « Praxis et esthétique des arts » du laboratoire « Textes et culture » s’est associée à celle du laboratoire ACCRA (Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques) de l’Université de Strasbourg pour préparer sa suite intitulée « À l’écoute des écritures théâtrales depuis 2000 - Poétiques et conditions d’émergence ».

 

A la recherche de nouvelles écritures

Le collectif d'auteurs Petrol, entouré de Sylvain Diaz (à gauche) et Sandrine Le Pors.

Ce nouveau projet intervient aussi dans le prolongement du cycle « Écritures du contemporain », initié en 2010 par Sandrine Le Pors et le service culturel de l’Université d’Artois. Un cycle de rencontres, de lectures et de débats autour des nouvelles écritures pour la scène, auquel s’est associé en 2012 la revue électronique Agôn, basée à Lyon, visant à « œuvrer à la diffusion de nouvelles voies et voix dans l’expression théâtrale », comme l’a souligné la chercheuse-dramaturge lors de son introduction scientifique ce lundi 3 février. Le 2e volet de ce colloque international, qu’elle organise avec Sylvain Diaz, maître de conférences en études théâtrales à l’Université de Strasbourg, se tiendra dans la capitale alsacienne en février 2015.

La participation du public à ce colloque a été telle, qu’il a dû être déplacé lundi après-midi, de la Maison de la recherche vers l’amphithéâtre Verlaine. Les étudiants en arts du spectacle ont en effet été étroitement associés à ce projet, puisqu’ils ont interprété, lundi soir sur la scène de la salle de spectacle de la Maison de l’étudiant, des textes écrits par le groupe Petrol, un collectif d’auteurs invités spécialement pour l’occasion, et ont participé le lendemain à des ateliers d’écriture théâtrale (voir encadré).

 

Du Québec à la Tchéquie en passant par l’Afrique

Le chercheur québécois Hervé Guay.

Au cours de ces deux journées, ont été étudiées les écritures théâtrales d’Europe, d’Afrique et d’Amérique. Hervé Guay, professeur d'études théâtrales à l’Université du Québec à Trois-Rivières, a d’abord présenté la nouvelle dramaturgie québécoise interculturelle, dans laquelle les personnages sont l’objet du dialogisme entre les communautés.

A sa suite, Quentin Rioual, doctorant en études théâtrales à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, est revenu sur l’œuvre du dramaturge norvégien Arne Lygre, puis Claire Stavaux, germaniste à l’Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, a évoqué la reprise des mythes antiques par le théâtre allemand contemporain. Les auteurs africains et afro-caribéens ont ensuite été abordés par Pénélope Dechaufour, doctorante en études théâtrales à l’Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, avant l’analyse du cas du dramaturge tchèque Petr Kolecko par Jitka Goriaux Peletchova, de l’Université Paris 10-Nanterre, un auteur contraint, pour gagner sa vie, de puiser dans la culture populaire qu’il dénonce.

 

Dépasser les institutions théâtrales

Pauline Bouchet.

La dernière partie de la 1ère journée était consacrée à la question des collectifs d’auteurs, un phénomène en plein essor aujourd’hui en Europe et en Amérique du Nord. Pauline Bouchet, doctorante en littérature française à l’Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, a évoqué le cas québécois des auteurs issus du festival montréalais « Jamais lu » et leur spectacle « Jusqu’où te mènera ta langue ? », qui regroupe les textes d’une dizaine d’auteurs, qu’ils lisent eux-mêmes au public et adaptent en fonction du lieu de spectacle.

Même si leur écriture n’est pas collective, ces auteurs participent à des « réunions de contamination », où ils expriment leurs désirs d’écriture et décident ensemble d’un point de vue commun sur l’actualité. « Les auteurs se regroupent dans cet espace de communication pour dépasser les institutions théâtrales classiques, avec souvent une visée internationale avec les autres collectifs », constate la chercheure.

 

Lieux insolites et écriture in situ

Stéphane Hervé.

Une volonté de s’émanciper des institutions culturelles que l’on retrouve dans le collectif d’auteurs Lumière d’Août, créé à Rennes en 2004 et présenté par Stéphane Hervé, docteur en études théâtrales de l’Université de Montpellier 3. Contrairement au groupe Petrol, l’écriture des textes y reste individuelle, mais le collectif d’auteurs et la compagnie de théâtre à laquelle il est adossé permettent de les retravailler pour être repris sous différentes formes (mise en scène classique, lecture performée ou concert), là encore en fonction des lieux de représentation. Des lieux parfois insolites, comme une boucherie ou un aéroport, qui permettent « une écriture in situ, un processus de création après le repérage du site, y compris quand il s’agit d’un chemin déambulatoire ».

Le lendemain, après un retour sur les 6 ateliers du matin avec les étudiants par Sylvain Diaz, Pierre Longuenesse a analysé la pièce « Le but de Roberto Carlos », écrite en 2012-2013 par Michel Simonot, qui évoque à travers 12 fragments successifs le parcours épique d’un groupe de migrants vers le Nord. Pour terminer, Pauline Picot, doctorante en études théâtrales à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, a présenté l’œuvre théâtrale de Bernard Souviraa, un auteur français contemporain qui se caractérise par une écriture « en éclatement ».

 

4 dramaturges, un seul auteur

Lundi soir sur la scène de la Maison de l’étudiant, les étudiants en Arts du spectacle de l’Université d’Artois et ceux du Conservatoire d’art dramatique d’Arras ont brillamment mis en voix des extraits de L’extraordinaire tranquillité des choses, et réalisé une lecture de la pièce inédite Merry Go Round, du collectif d’auteurs Petrol, invité pour l’occasion.
Le groupe Petrol est un laboratoire d’écriture réunissant les auteurs Lancelot Hamelin, Sylvain Levey, Philippe Malone et Michel Simonot. Il fait suite à une première aventure au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis en 2006, qui a donné naissance au texte L'extraordinaire tranquillité des choses, publié aux éditions Espace 34. Les 4 auteurs écrivent ensuite pendant deux ans, sous forme de modules, autour d’un personnage appelé KTM, s’amusant, grâce à ce principe, à explorer différentes formes et à questionner l'écriture, sans objectif de production. En 2012, les éditions Théâtrales et le collectif Théâtrocratie proposent au groupe Petrol une carte blanche autour du thème « parole politique et théâtralité », qui donne naissance au texte Roms & Juliette.
« Pour Merry Go Round, nous ne savons pas nous-mêmes qui a écrit quoi à l’intérieur des textes », témoigne l’un des auteurs, qui assimile leurs échanges de mails et leurs réunions à « une joute », où ils doivent défendre leurs points de vue et accepter celui des autres, en s’ouvrant à leur champ littéraire. « C’est comme si Petrol était un 5e auteur. Le travail personnel de chacun s’enrichit ensuite grâce à celui du groupe, car il permet d’oser davantage et d’explorer de nouvelles voies. »

 


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