Projet IFORE : Locataires, bailleurs et chercheurs main dans la main

11/06/2014

Mardi 3 juin, les résultats d’IFORE, un projet franco-anglais ambitieux de rénovation thermique en logement social, mobilisant le LGCgE, ont été présentés à Outreau à travers une conférence, une exposition et une visite guidée.

Les principaux acteurs, français et anglais, de ce projet, étaient réunis à l’ESPE d’Outreau.

Démarré 2010, le projet IFORE (« Innovation FOr REnewal » ou « L’innovation pour le renouveau ») expérimente à grande échelle une rénovation thermique sur une centaine de logements sociaux à Outreau et à Rushenden (île de Sheppey, dans le Kent), avec la participation active des habitants, pour réduire les consommations et lutter contre la précarité énergétique. L’idée est de mobiliser les locataires sur les enjeux énergétiques, pour faire perdurer les économies d’énergie, avant la diffusion des solutions à d’autres territoires.

Financé à 50% par le programme européen Interreg IVa du FEDER (Fonds européen de développement régional), ce projet s'étale jusqu'à l’automne 2014 pour un montant de 6,3 millions d'euros et regroupe 4 partenaires : les bailleurs sociaux Pasde- Calais Habitat et Amicus Horizon, et les universités d’Artois et de Brighton. Au niveau de notre université, c’est une partie de l’équipe « Habitat » du Laboratoire de Génie Civil et géo-Environnement (LGCgE) de la Faculté des Sciences Appliquées (FSA) de Béthune qui est mobilisée sur ce projet, sous la direction du professeur Stéphane Lassue.

 

Solutions techniques et humaines

L’objectif d’IFORE est de fournir aux bailleurs sociaux français et britannique les outils pour une approche conjointe, technique et sociologique, des systèmes permettant de diviser par quatre la consommation d'énergie dans le logement social individuel et les émissions de CO2 dans l’environnement. L'originalité de ce projet, qui s’est beaucoup enrichi par les échanges des deux côtés de la Manche, est de mener de front la recherche de solutions sur les deux dimensions, technique et humaine, de la réhabilitation thermique.

Au cours de cette conférence qui s’est déroulée à l’ESPE d’Outreau, à deux pas des logements sociaux concernés par cette rénovation, tous les aspects scientifiques et techniques, mais aussi sociaux de ce projet, ont été abordés. A côté de systèmes techniques pointus, proposés, testés, modélisés et optimisés par les chercheurs, les bailleurs sociaux ont en effet recherché ensemble les meilleures façons d'impliquer les habitants dans la réduction de leur propre consommation d'énergie.

 

Questionnaires et tablettes

Dans les logements rénovés, la délégation anglaise s’est vue expliquer par les locataires le fonctionnement des tablettes équipées du logiciel EnergyCoach.

Au sein de l’équipe mise en place sur le terrain par les bailleurs sociaux, le Green Doctor en Angleterre et l’Ambassadeur de l’énergie en France ont ainsi joué un rôle très important. Ils ont sensibilisé les locataires, les ont informés sur les travaux en cours, conseillés sur les éco-gestes et formés aux divers outils liés à l’énergie. A Rushenden, un questionnaire a été mis au point pour suivre l’évolution de leurs comportements tout au long du chantier, tandis qu’à Outreau ont été distribuées des tablettes EnergyCoah, qui leur permettent de suivre eux-mêmes leur consommation d’énergie.

Pour ce projet, les chercheurs en sciences du bâtiment de l’université d’Artois se sont associés aux sociologues et architectes de l’université de Brighton, sous la houlette du professeur Mike McEvoy. L’université d’Artois a mis au point l’instrumentation au niveau des prototypes, avec des capteurs de température et d’humidité sur un panel de 15 logements, et installé une station météo pour mesurer les conditions climatiques et valider les simulations par ordinateur.

 

Composants bioclimatiques

Un prototype de fenêtre pariétodynamique, en triple vitrage avec deux lames d’air ventilées, a été testé et développé avec succès, en laboratoire à la FSA de Béthune et in situ dans les logements rénovés. Les fenêtres optimisées ont été fabriquées à La Rochelle. Le LGCgE a aussi pu mettre à la disposition du projet son expérience dans la conception et l’analyse des murs Trombe, un autre composant bioclimatique.

La fabrication des panneaux d’isolation extérieure de ces logements de Pas-de-Calais Habitat a permis de créer des emplois locaux.

A Outreau, le système d’enveloppe extérieure préfabriquée visant à mieux isoler les maisons utilise un matériau conçu à partir de vêtements recyclés collectés par l’association Le Relais (isolant Métisse), assurant une chaîne d’approvisionnement locale et durable. Une entreprise locale, à Nœux-les-Mines, s’est impliquée dans le développement du procédé constructif proposé, en créant une chaîne de préfabrication des modules d’isolation extérieure, ce qui a généré des emplois.

De leur côté, les sociologues, dans les deux pays, ont analysé les questionnaires remplis par les ménages. En Angleterre, un changement des comportements en matière de consommation d’énergie a été constaté durant le projet, en particulier pour l’utilisation des appareils électriques. Autre enseignement : les techniques nécessitant peu d’interactions avec les usagers, comme les panneaux solaires, ont été facilement acceptées, alors que d’autres, qui avaient besoin du contrôle de l’utilisateur, comme les systèmes de suivi AlertMe et Wattbox, ont été moins bien reçus.

 

Dynamique citoyenne

A la Maison des associations d'Outreau, une exposition a retracé le parcours de ce projet expérimental.

Outre les interventions des chercheurs et des experts, cette réunion a permis aux participants et à la délégation anglaise de visiter les logements rénovés, guidés par les locataires. A la Maison des associations, située juste à côté des logements, une exposition a retracé le parcours de ce projet expérimental, avec une œuvre d’art réalisée par des enfants.

En effet, en plus de stimuler l’innovation technique, créer de l’emploi local et valoriser les liens entre locataires, bailleurs et chercheurs français et anglais, ce projet a permis de mettre en place une nouvelle dynamique citoyenne, en augmentant le sentiment d’appartenance et d’autonomie des habitants, enclins à partager les informations qu’ils ont apprises à travers cette expérience. Cette implication des habitants se traduit notamment par un nouvel intérêt dans la prise en charge des jardins communautaires et par la création d’une association de locataires baptisée « Outrifore », qui prend désormais en main les animations du quartier, dans la lignée du projet.


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