Le rôle flou du commissaire d’exposition

07/02/2014

Vendredi 7 février à la Maison du projet du Louvre-Lens, une journée d’étude organisée par le master Expographie-muséographie et l’association Les Muséographes, a permis aux professionnels d’échanger sur les différentes facettes du métier de commissaire d’exposition.

 

Les professionnels devant le public et les étudiants.

Ces 1ères Rencontres annuelles de la muséographie ont réuni une dizaine de professionnels à la Maison du Projet du Louvre-Lens.

Réalisées en partenariat entre le master Expographie-muséographie de l’Université d’Artois et l’association Les Muséographes, créée en 2012, et avec l’aide du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, les premières Rencontres annuelles de la muséographie ont réuni à la Maison du Projet du Louvre-Lens une dizaine de professionnels, venus de Paris ou Marseille, mais aussi de Belgique et de Suisse, pour nourrir la réflexion sur le métier de commissaire d’exposition, à travers deux tables rondes et des études de cas.

 

Une identité en redéfinition constante

Le commissaire d’exposition occupe une place centrale dans le processus de conception et de réalisation d’une exposition, mais son rôle demeure flou, comme le laisse d’ailleurs à penser sa traduction anglo-saxonne « curator », qui l’assimile à un conservateur de musée. En fait, selon les domaines, les institutions ou simplement les circonstances, le commissaire d’exposition peut être ou non spécialiste du sujet traité, appartenir ou non à l’institution porteuse du projet d’exposition, endosser tout ou seulement une partie du travail de conception muséographique, être responsable ou non du budget…

Intermédiaire entre l’institution et les artistes ou les scientifiques, « le commissaire est l’âme de l’exposition, qui assemble, articule, donne du sens et de la cohérence à des éléments disparates », a résumé la première intervenante Yolande Bacot, commissaire de l’exposition « Méditerranées. Des grandes cités d’hier aux hommes d’aujourd’hui », qui s’est tenue de janvier à mai 2013 au hangar J1 de Marseille. Il est également l’intermédiaire entre l’institution et les médias, a rappelé Marianne Derrien, commissaire d’exposition indépendante et critique d’art, alors que son identité est « mouvante et en redéfinition constante ».

 

Un « méta-artiste » exposé à la critique

Selon cette membre de l’association des Commissaires d’exposition associés, créée en 2007 et qui regroupe environ 80 membres sur toute la France, le commissaire d’exposition est une sorte de « méta-artiste » qui « doit accrocher avec amour » et « imposer au clou de prendre sa place pour un tableau », pour reprendre les mots de Harald Szeeman, figure tutélaire de la profession. Pour lui en effet, l’exposition est une œuvre d’art qui s’expose aux critiques et utilise le musée comme moyen d’expression.

C’est ainsi l’écriture des expositions qui résumerait la démarche d’un commissaire, qui « rapproche des œuvres pour leur donner un moment de vie propre ». Instrument de pouvoir qui assoit l’autorité intellectuelle du commissaire, l’exposition devient un espace de production artistique à part entière, et le commissaire d’exposition un DJ qui collecte et compile des œuvres : « Il comprend le mieux leur langage et n’a plus qu’à mixer les données ». Il ne serait donc pas un conservateur qui prend soin des œuvres, mais plutôt un « conversateur » avec les artistes, les scientifiques et les médias, comme l’a constaté la muséographe Lydia Elhadad.

 

Le chef d’orchestre du générique

Serge Chaumier au micro.

Serge Chaumier, responsable du master Expographie-Muséographie de l’Université d’Artois, aux côtés de la muséographe Lydia Elhadad.

Pour Michèle Antoine, chef de projet à la Maison de l’histoire européenne de Bruxelles, la mission principale du commissaire d’exposition est d’ « insuffler de l’énergie artistique à un projet », tandis que son rôle se redéfinit en fonction du système des forces en présence et de son travail avec le scénographe, qui met en espace et en parcours le programme muséographique.

Quand il s’agit d’une exposition de vulgarisation, le commissaire doit écouter et sélectionner les informations avec les scientifiques, à la manière d’un journaliste. Par exemple au musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren, en Belgique, le commissaire n’est pas un coordinateur : « Son rôle est plutôt de développer et valider le contenu scientifique, et de choisir les collections », précise Christine Bluard, chef du service de muséologie.

En France en revanche, le commissaire est comparé à un chef d’orchestre qui produit le générique de l’exposition. Il doit ainsi réussir à « accorder le discours et les objectifs de l’institution et le programme muséographique, accorder la scénographie et la muséographie avec les publics, manager et gérer les ressources humaines, financières et matérielles, promouvoir la créativité, arbitrer les conceptions et réalisations muséographiques, et travailler avec les partenaires institutionnels et privés », détaille Pierre Duconseille, commissaire de l’exposition « Jeu vidéo. Entrons dans une nouvelle ère culturelle », qui se tient à la Cité des sciences et de l’industrie de Paris jusqu’au 24 août.

 

Des étudiants qui conçoivent des expos

Créé à la rentrée 2011 à l’UFR de Lettres et Arts, dans la dynamique de l’ouverture du Louvre-Lens, le master Expographie-Muséographie de l’Université d’Artois, dont le responsable est le professeur en muséologie Serge Chaumier, est une formation professionnelle aux métiers de l’exposition unique dans le Nord et l’Ouest de la France. Une formation qui bénéficie des conditions exceptionnelles de la Région Nord-Pas-de-Calais, culturellement très dynamique, avec ses 52 musées et ses nombreux événementiels.

Chaque année, des projets d'exposition ou de dispositifs en muséographie sont conduits avec les étudiants du master, originaires de toute la France, et même de l'international. Les projets peuvent répondre à des commandes précises passées par des institutions ou émaner d'une commande passée par les responsables de la formation. L'enjeu est de mettre en pratique les méthodologies explorées durant la formation. L'objectif peut être d'aller jusqu'à la réalisation de l'exposition, ou de finaliser un programme muséographique remis au commanditaire.

Déjà cette année, les étudiants ont ainsi participé à la création des expositions « Epilepsies, mythes et préjugés » du 16 février au 9 juin à la Chapelle Saint-Pry de Béthune, « L’objectif en coulisses, photographies de réserves muséales du Nord-Pas-de-Calais par Robert Baronet » du 6 au 15 février à l’Office culturel d’Arras et du 7 au 21 mars à la galerie prestige de la faculté Jean Perrin de Lens, « Reconstruire ! » du 21 février au 27 avril au musée d’histoire et d’archéologie de Harnes ou encore « Appel d’aiR », une exposition d’art contemporain au parking souterrain de la Grand’ Place d’Arras, qui aura lieu du 28 au 30 mars.


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