La danse « bâtarde » d’Alain Platel

11/03/2014

Lundi 10 et mardi 11 mars, le théâtre d’Arras, a accueilli un colloque international consacré à Alain Platel, figure majeure de la mise en scène et de la danse contemporaines, co-organisé par Amos Fergombé, professeur des arts du spectacle et Hildegard De Vuyst, dramaturge des Ballets C de la B.

Le metteur en scène/chorégraphe et les deux organisateurs sur les bancs du public.

Alain Platel, entouré d'Amos Fergombé et d'Hildegard De Vuyst.

Il fallait créer un dialogue fécond entre recherche et création artistique. » Après avoir fait de lui un docteur « Honoris Causa » de l'Université d'Artois en novembre 2012, Amos Fergombé, professeur des arts du spectacle, a souhaité organiser au théâtre d’Arras un colloque international sur le travail du chorégraphe et metteur en scène Alain Platel, un projet de son équipe « Praxis et esthétique des arts » du laboratoire « Textes et cultures ».

Pendant deux jours, lundi 10 et mardi 11 mars, une cinquantaine de personnes a assisté à cette rencontre entre les chercheurs et les professionnels qui ont travaillé avec le chorégraphe, figure majeure de la danse contemporaine, qui a fondé à Gand en 1984 le collectif de metteurs en scène et de danseurs « Les ballets C de la B » (Les ballets contemporains de la Belgique), dont le rayonnement est rapidement devenu international.

 

Une œuvre interdisciplinaire

A la tribune, des universitaires et des professionnels.

Les travaux de ce colloque alliaient communications académiques et témoignages de professionnels.

Au croisement du théâtre, de la danse et de la musique, Alain Platel a créé une œuvre singulière, qui se caractérise par le chaos de la mise en scène et des danses « bâtardes », aux mouvements convulsifs, qui peuvent parfois dérouter le spectateur. Avant de devenir chorégraphe, Alain Platel a en effet a travaillé comme orthopédagogue auprès d'enfants handicapés à l'hôpital d'Armentières, et son intérêt pour les troubles psychologiques s’observe dans toutes ses créations.

En utilisant la polyphonie et les contrastes entre musiques baroque et populaire, le metteur en scène cherche à montrer la beauté dans la laideur, « donne à voir ce qui semble être mis à distance », mais sans jamais présenter ces êtres humains fragiles comme des bêtes de foire, a souligné Amos Fergombé. Une exploration des comportements en dehors de la norme qui « démocratise l’expérience de l’art, l’ouvrant à un tas de gens qui ne pensaient pas qu’elle lui était destiné », a constaté de son côté Hildegard de Vuyst.

 

Communications, projections et témoignages

Une cinquantaine de personnes a suivi ce colloque.

Une cinquantaine de personnes a suivi ce colloque au théâtre d’Arras.

Outre les interventions des chercheuses en danse Natalia Monge (Université du Pays Basque, Espagne), Aurore Heidelberger (Université d’Artois) et Agathe Dumont (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle), des professeurs des arts du spectacle Christian Biet (Université Paris Ouest Nanterre) et Josette Féral (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle), et de Chokri Ben Chikha, metteur en scène et professeur au KASK de Gand, entrecoupées de plusieurs projections de films documentaires, ce colloque a été l’occasion pour le célèbre chorégraphe d’écouter les témoignages de Gérard Violette, ancien directeur du Théâtre de la Ville de Paris, de Didier Thibaut, directeur de la Rose des Vents à Villeneuve d’Ascq, et de ses proches collaborateurs, notamment les musiciens compositeurs Fabrizio Cassol et Steven Prengels, et la danseuse Bérengère Bodin.

« C’est à la fois très gênant et très excitant d’entendre parler de soi à la 3e personne », a déclaré Alain Platel à l’issue de ces deux journées d’étude. « J’ai l’impression que j’ai appris beaucoup de choses sur mon travail et je suis sûr que ça aura une influence très forte par la suite », a-t-il ajouté. Il a ensuite rappelé avec humilité qu’il n’est qu’« une partie d’un groupe », les danseurs étant souvent co-auteurs de ses chorégraphies. Enfin, pour expliquer la portée universelle de son travail, il a souligné le fait que « la souffrance et la conscience de la mortalité sont ce qui relient tous les êtres humains ». Le colloque s’est terminé par la représentation de Nine Finger mardi soir dans la salle italienne du théâtre, un spectacle sélectionné au festival d’Avignon en 2007.

 

Les principales chorégraphies d’Alain Platel

1984 : Stabat Mater
1988 : Emma
1993 : Bonjour Madame, comment allez-vous aujourd'hui, il fait beau, il va sans doute pleuvoir, et cetera
1995 : Moeder en kind (avec Arne Sierens)
1995 : La tristeza complice
1996 : Bernadetje (avec Arne Sierens)
1998 : Iets op Bach
1999 : Tous des indiens (avec Arne Sierens)
2003 : Wolf
2006 : Vsprs (musique de Fabrizio Cassol)
2007 : Nine Finger (projet collectif avec Fumiyo Ikeda et Benjamin Verdonck)
2008 : pitié !
2010 : Out of Context (renommé Out of Context - For Pina en mémoire de la chorégraphe Pina Bausch)
2010 : Gardenia (création et mise en scène en collaboration avec Frank Van Laecke)
2012: C(H)OEURS
2014 : tauberbach


Université d'Artois - 9, rue du Temple - BP 10665 - 62030 ARRAS CEDEX - France - Tél : +33 (0)3 21 60 37 00