Eco-rénovation pédagogique à l'IUT de Béthune

14/04/2014

Vendredi 4 avril, l’IUT de Béthune a présenté au public un projet original d’éco-rénovation d’une partie de ses locaux. En l’alliant à un volet pédagogique, son but est d’en faire un démonstrateur à l’échelle européenne.

Le projet EITRE

Grégorie Colomb (LGCgE), Gilles Goncalves (LGI2A), Pierre Tittelein (MC en énergétique), Daniel Ammeux et Catherine Bodel.

Lobjectif principal du projet EITRE est de mener une réhabilitation structurelle, énergétique et fonctionnelle d’une partie des bâtiments de l’IUT et d’en faire un démonstrateur reproductible à l’échelle de l’euro-région, dans la dynamique de la Troisième Révolution Industrielle portée par la Région Nord-Pas de Calais. » Dans le cadre de la Semaine du développement durable organisée pour la première fois à l’université d’Artois, Catherine Bodel, chef du département Génie électrique et informatique industriel (GEII) à l’IUT de Béthune, a présenté vendredi 4 avril au public le projet EITRE (Ecosystème Intégré pour la Transition et la Réhabilitation Energétique), qui vise à rénover une partie des locaux de manière écologique, tout en étant « un laboratoire grandeur réelle et un outil de formation pour les étudiants ».

 

230.000 euros de chauffage

Construits en 1968-1969, à côté du centre hospitalier de Beuvry, du lycée Malraux et du parc d’activité Technoparc Futura, les bâtiments de l’IUT accueillent aujourd’hui 6 départements, 1.250 étudiants, 110 enseignants et 60 personnels administratifs et techniques. Des bâtiments « avec des structures modulaires comme dans les années 1970, où il y avait un cloisonnement des activités de cours, travaux pratiques et laboratoire », remarque l’enseignante, alors que « comme le monde professionnel, nous sommes aujourd’hui amenés à évoluer vers une approche plus transversale et pluridisciplinaire ».

L’IUT dépense actuellement 230.000 euros par an pour le chauffage, 100.000 euros pour l’électricité et 20.000 euros pour l’eau. Bien que ces 3 dépenses de fonctionnement représentent aujourd’hui 25% de la dotation de l’établissement, Catherine Bodel constate « l’absence totale d’outils de gestion des énergies, alors que les tarifs augmentent ». Il n’y a pas non plus de prise en compte de la ventilation et de la qualité de l’air intérieur. Enfin et surtout, les usagers du bâtiments sont insuffisamment sensibilisés à adopter un comportement moins énergivore.

 

Domotique et éco-matériaux

S’étendant sur 6.300 m2 de plancher, les deux bâtiments concernés par ce projet de reclassement des locaux dans une perspective bio-climatique et fonctionnelle, abritent des salles de cours qui accueillent 75% des étudiants. L’objectif est de passer d’une performance énergétique de 240 kWh/m2/an (niveau assez moyen) à un niveau passif de 15 kWh/m2/an « grâce à la mise en œuvre des techniques de la maison passive et d’autres mesures correctives, comme par exemple les 2.500 m2 de toitures qui peuvent couvrir les besoins en eau sanitaire ».

Pour réduire la consommation énergétique et améliorer le confort des usagers tout en assurant la sécurité du bâtiment, le projet prévoit l’introduction de la domotique et d’automatismes, par exemple des détecteurs de passage pour la gestion de l’éclairage. La surface vitrée des parois exposées au soleil pourrait être augmentée pour absorber davantage la chaleur extérieure. L’air pourrait aussi circuler dans les parois des murs avant d’être insufflé dans les salles, pour en augmenter la température. Pour l’étanchéité du bâtiment à l’air, le choix des systèmes constructifs et de leur mise en œuvre favorisera les éco-matériaux, qui réduiront leur coût de transport et intégreront en amont la question de leur recyclage.

 

Eco-quartier et mobilité durable

En mobilisation au maximum les énergies renouvelables, avec un chauffe-eau solaire et des panneaux photovoltaïques sur la toiture pour compléter l’éolienne à visée pédagogique déjà en fonctionnement, l’IUT pourrait même stocker et partager son énergie avec les bâtiments voisins, transformant toute la zone d’activité en éco-quartier, avec une distribution intelligente d’eau, de chaleur et d’électricité dans les réseaux. Alors qu’elle sera utilisée de manière intermittente par l’IUT, l’énergie produite pourrait être stockée en utilisant des super condensateurs, la filière hydrogène ou des matériaux à changement de phase.

L’IUT devrait aussi inciter les étudiants et le personnel à se convertir à la mobilité durable, alors que 70% des émissions de gaz à effet de serre sont liées au transport des usagers du domicile à l’université et que 60% des déplacements des étudiants sont effectués en voiture. L’utilisation des vélos et du co-voiturage avec tous les employés de la zone d’activité, serait facilitée, tandis que des bornes de rechargement pour les véhicules électriques seraient installées sur le parking.

 

Des espaces modulables multifonction

S’il voit le jour, ce projet permettrait également « le développement de la pratique des pédagogies actives et de la recherche et développement, en faisant du bâtiment lui-même un outil pédagogique, pour les études de diagnostic, les travaux et l’analyse comportementale des usagers », souligne l’enseignante. Les diagnostics thermique, hydrométrique et acoustique des parois, et celui des différentes consommations d’énergie, pourraient en effet être effectués avec les étudiants.

Seule la structure originelle en béton subsisterait à la fin des travaux de rénovation, et les salles deviendraient des espaces modulables multifonction, favorisant la communication entre étudiants et enseignants des différentes filières de formation et de recherche. Ces nouveaux espaces permettraient ainsi « de développer les pédagogies actives et de faire travailler les étudiants en petits groupes, avec une approche par problème ou en pédagogie de projet, où tous les départements travailleraient en équipe », souligne Daniel Ammeux, le directeur de l’IUT.

 

Externalités positives

Ce projet s’inscrit aussi dans une démarche de développement socio-économique du territoire, avec des transferts de technologie et la montée en compétences des filières de formations et des filières professionnelles. L’implication et la coopération de l’IUT avec les collectivités et les réseaux d’entreprises créeraient ainsi un écosystème ayant de nombreuses externalités positives.

Multi-facette, collaboratif et innovant, ce projet permettrait ainsi à l’université d’Artois de s’impliquer davantage dans les pôles d’excellence et de compétitivité, le volet R&D du projet étant confié à ses laboratoires LGCgE, LSEE, LGI2A et RECIFES. Le bâtiment rénové pourrait même accueillir les personnels des entreprises et administrations extérieures à des séminaires d’information.

Enfin, pour lutter contre le gaspillage, ce projet envisage la réalisation d’une charte des bonnes pratiques énergétiques pour sensibiliser les usagers «  avec des enquêtes de qualité pour les ancrer de façon durable ».

 

Plus de 10 millions d’euros

« Support pour fédérer les compétences dans une optique d’échanges de connaissances et d’expérience, avec des retombées positives pour toutes les parties prenantes et pour le territoire », ce projet ferait de l’IUT un démonstrateur autour de l’efficacité énergétique, avec la reproductibilité technique et le développement de bonnes pratiques, tandis qu’une nouvelle formation sur les éco-constructions est aujourd’hui en préparation.

Estimé provisoirement à plus de 10 millions d’euros HT sur 4 ans, en comptant le volet instrumentation du projet et la phase d’études, ce projet pourrait être financé par des fonds de la Région, de l’Etat et de l’Union européenne. Aujourd’hui en phase de pré-projet, Daniel Ammeux espère le démarrage des études préliminaires d’ici un à deux ans. Inscrits dans le dernier contrat de projet Etat-Région (CPER) 2008-2013, les laboratoires du département Chimie et les ateliers des départements Génie civil ont déjà été entièrement rénovés, tandis que les travaux dans l’atelier du département Génie mécanique & Productique sont en cours, le tout pour un montant total d’environ 5 millions d’euros.


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